Son premier roman, il l'écrit à 20 ans : « 800 pages de délire — sans grand intérêt d'ailleurs. Cela m'a au moins permis de réaliser que mes griffonnages pouvaient prendre une forme aboutie et me forger la conviction qu’un jour, j’écrirai des livres... »

       En attendant ce jour, il fait de la musique.  « J’ai enregistré mon premier disque à 17 ans. Plus tard, j'ai monté un groupe qui s'appelait Hydra... »

       Après des études de droit et un DESS de communication, il atterrit à TF1. « On m'a donné le choix d'être assistant de Zitrone ou d'un petit jeune qui démarrait... un certain Thierry Ardisson. Comme je savais qu'il entrait dans les prérogatives de l'assistant de Zitrone de lui enfiler ses chaussures tous les matins, j'ai choisi le petit jeune... On va dire qu’on s’est bien amusé... »

         Collaborateur de Catherine Barma, il va participer à la production de la première émission des Restos du Cœur. « À l’époque, Coluche était au sommet de sa gloire. Il pouvait tout se permettre. On a passé quelques semaines avec lui, en circuit fermé. C’était assez fascinant... »

         De ses années TF1, Philippe garde des souvenirs contrastés. « Le truc sympa à la télé, c’est qu’on passe son temps à attendre — que le plateau soit libre ou qu’untel soit maquillé... Cela favorise les rencontres. De Gainsbourg à Polanski, j’ai eu l’occasion de discuter le bout de gras avec toutes mes idoles... Pour le reste, je me suis bourré la gueule avec Bécaud, j’ai menacé de mort l’attaché de presse de Michelle Thor, j’ai même giflé Nastasia Kinski, un jour qu’elle s’était évanouie dans les loges...  »

       Au moment où on lui propose d'être l'assistant de PPDA, Vogue lui offre un contrat pour le groupe Hydra. Il choisit la deuxième option. « C'était les années 80. J’avais les cheveux blonds platine et une permanente façon caniche. On avait notre couturier attitré, une coiffeuse et un chorégraphe. En fait, on était une sorte de pré boy’s band — quelque chose entre Duran Duran et Kajagoogoo.  Comme on passait plus de temps dans les studios photos que dans les studios d’enregistrement et que moi, ce que je voulais, c’est faire de la musique, j’ai rapidement mis un terme à l’expérience. Je me suis tourné vers la réalisation et plus tard, la production. »

         Passionné de techniques d'enregistrement, il monte un studio afin de pouvoir réaliser ses idées, sans avoir à quémander l'autorisation des maisons de disques. « Le problème, c’est que trop de liberté tue la liberté. Il m’est arrivé de passer un an sur un seul titre ! Juste pour aller au bout du phantasme. Cela dit j'ai fait exactement ce qui me plaisait. J’en garde de super souvenirs comme avoir produit l’album Salam de Touré Kunda à l’intérieur duquel figure Guérilla reprise par Carlos Santana sur Supernatural. Plus de cinquante millions d’exemplaires, vendus à ce jour.»

En vingt ans, il produit une centaine d’artistes. « J’ai côtoyé des génies absolus et des nullités sans nom. Il m’en reste un tas de théories sur les rapports entre art et maladie mentale... »

       Quand on le traite de touche à tout, Philippe Will fait remarquer que pour la plupart des gens, le touche à tout équivaut au bon à rien. Il en profite pour évoquer une autre de ses activités improbables. « J'adore les chevaux et spécialement le dressage... Ce truc ridicule qui se pratique en frac et haut de forme....»

       Aujourd'hui Philippe Will se consacre à l'écriture. Après un recueil de nouvelles intitulé Rock’n Roll, deux roman : Dealer ou la valse des maudits, et Mémoire Fauve— Guérilla est son quatrième livre.